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A. MARTEVILLE et P. VARIN

 

   

texte en préparation

PONT-L'ABBÉ : (sous l'invocation de la Vierge, dite ici Notre-Dame-des-Carmes); ville; commune formée de l'anc. par. de ce nom; aujourd'hui cure de 2° classe; chef-lieu de perception : bureau des douanes; brigade de gendarmerie à pied; bureau d'enregistrement; bureau de poste. — Limit. : N. Combrit, Tréméoc, Plonéour, ruisseaux de Saint-Jean et de Brémillec ; E. rivière de Pout-1'Abbé ; S. Plobannalec, Loctudy; O. Plemeur. — Princip, vill. : Kervannés, Kerdalaé, Keranguen, Keraudren, Prat-Kerlot, Tréouguy , Merchen, Quélourdec. — Superf. lot. 1817 hect.. dont les princip. div. sont : 1er. lab. 750 ; prés et pat. 178 ; bois 98; verg. et jard. 16 ; canaux et étangs 20 ; laudes et incultes 676; sup. des prop. bât 16; cont. non imp. 63. Const. div. 456; moulins 5 (de l'Écluse, du Poulden, de la Ville, de Porsmoreau, à eau). >>> Pont-1'Abbé est une petite située sur un bras de mer, à l'embouchure de la rivière de Quimper, et qui porte lui-même le nom de rivière de Pont-l'Abbé. — La mer remonte jusqu'à un petit pont auprès duquel s'élèvent les ruines ou plutôt les restes dénaturés du château que le moyen-âge avait construit en cet endroit. C'était une assez vaste construction, formée d'une enceinte régulière et flanquée de tours, et qui naguère encore offrait de curieux détails à l'étude de l'archéologie. Récemment, le vieux château a été démoli en partie, passé au badigeon et transformé en mairie. Cependant la partie qui est perpendiculaire à la rivière mérite encore d'être regardée. —Les seigneurs de Pont-l'Abbé ont figuré jadis parmi les barons de Bretagne, et ils ont joué un certain rôle dans l'histoire de notre pays. Dans la guerre de succession entre Montfort et de Blois, le baron de Pont-l'Abbé prit d'abord parti pour Montfort, puis demanda pardon au roi de France de n'avoir pas, au contraire, pris les armes pour le comte de Blois. Nous ignorons pour quelle raison cette famille prétendait, vers 1500, être de la maison ducale de Bretagne; mais il est certain qu'en 1501 le roi de France lui enjoignit de ne plus porter les hermines dans ses armoiries. — En 1590, les ligueurs occupant Quimper, Pont-l'Abbé était aux mains des royalistes, et les seigneurs de Trogoff. de Kerhouarn du Marallac'h s'y étaient réfugiés. Les ligueurs entreprirent de les en déloger. Pour ce faire, ils appelèrent à eux le capitaine Lézonnet, qui tenait Concarneau comme place de sûreté donnée par le roi à la Ligue. Lézonnet vint, et autour de lui se groupèrent des paysans d'Audierne, de Douarnenez et de Penmarc'h. plus désireux de faire quelque mal aux seigneurs royalistes que poussés réellement par le zèle religieux. Pout-1'Abbé fut investi, et même attaqué à l'aide du canon ; mais ses murs épais résistaient encore lorsque le capitaine de Trogoff, l'âme des assiégés, ayant été tué d'un coup d'arquebuse, la petite garnison ne songea plus qu'à capituler. Le butin fut bon pour les ligueurs, qui firent force prisonniers à rançon. Le sire de Kerhouarn, entre autres, paya pour lui et son fils la sommé énorme alors de 5,000 écus. Il est enfin de tradition dans le pays que l'horloge du château fut volée par les gens de Concarneau; aussi, quand quelqu'un ne sait pas l'heure, on lui dit d'aller la demander à Concarneau. — M. de Penhouet, dans ses Esquisses sur la Bretagne, rapporte le fait suivant, dont nous lui laissons la responsabilité, ignorant où l'honorable écrivain peut l'avoir puisé. — " il paraît que le château dut avoir souffert de ce siège ; car, en 1594, il fut réparé par d'autres royalistes, qui s'y réfugièrent de nouveau. Le sire de Kerservan en devint capitaine. C'était un chevalier galant, qui, au milieu de la guerre , s'occupait aussi de faire sa cour à une belle dame du voisinage, du nom de Corouart; mais le mari, auquel ces assiduités ne plaisaient pas, résolut d'assassiner Kerservan. L'ayant manqué, il prétendit renouveler un siège fameux dans les annales du monde, et dont l'amour et la vengeance furent les motifs. Il s'arme, et, avec vingt hommes déguisés , il s'avance en plein jour pour surprendre son rival. Mais, hélas! il n'avait pas l'adresse des Grecs pour bien cacher sa ruse ; elle fut découverte trop tôt. Ce second siège de la citadelle de Pont-1'Abbé, en 1595, offrirait pour détails, à celui qui en ferait le récit, la blessure que reçut le seigneur de Kerservan, amoureux de la belle dame de Corouart, puis la tête d'un certain le Quivier , l'un des assaillants, qui, séparée du tronc, fut placée au bout d'une pique, au haut d'une tour, et servit à ralentir la vengeance du sire de Corouart, lequel, dit-on, se retira bien confus clans son chastel, où la dame était, sans doute, fort impatiente de savoir à qui des deux champions appartiendrait la victoire. Toutefois, la justice s'immisçant dans cette affaire et se l'appropriant, il fut jugé que le mari jaloux et battu, qui, par parenthèse, vivait sur sa terre, sous la sauvegarde d'un passeport de neutralité, serait condamné à trois ans d'absence, passés au service du roi, ainsi qu'à payer une forte amende, et, dit la chronique qu'on copie, sans les sollicitations de la belle et jolie châtelaine, son équipée aurait eu pour récompense la mort. Voilà un mari bien malencontreux! »

   Pont-1'Abbé passa , dans le XVIè siècle, a la maison de Rohan , puis de celle-ci dans la famille de Richelieu. Cette barone valait alors de 40 à 50,000 livres de revenu.—Voici quelques-uns des droits dont jouissaient les seigneurs : ils prélevaient 50 sous sur chaque mariage, et pareille somme sur tout nouveau domicilié dans leurs terres; enfin il n'était pas bon d'oublier les fermages ou rentes qu'on leur devait, car, dans ce cas, ils avaient le droit de les envoyer quérir par un huissier ou sergent, lequel jusqu'à ce qu'il ne les eût perçus, avait le droit d'être nourri d'autant de viande qu'il en pouvait manger, sans toutefois pouvoir en emporter. Ce droit était dit « de viande à garçon ». Nous retrouvons aussi, selon Cambry, dans la seigneurie de Pont-1'Abbé, la baguette blanche des juges espagnols et des constables anglais. Quand le grand-voyer, vassal de Pont-1'Abbé, assistait aux jugements, ou cnduisait des prisonniers devant le juge, il devait tenir à la main, pour toute arme, une baguette de coudrier, emblème original de la force qui punit, mais de la douceur dont on doit user envers les accusés. En plusieurs pays, notamment en Suisse, on brise celle baguette devant le coudamné, après lecture du jugement qui le frappe. C'est lui apprendre que le moment de la répression bienveillante est passé pour lui, que de prévenu il devient coupable, et que le  glaive de la loi va maintenant l'atteindre.— Pont l'Abbé appartenait, au moment où éclata la révolution de 1789, à M. Claude-Georges de Beudes. — Le couvent des carmes :le Pont-l'Abbé n'a pas eu le même sort que le château : il est tombé, depuis la révolution, entre des mains intelligentes et conservatrices; à défaut d'une maîtresse rosace, dont on vantait le style, les touristes y verront encore avec  plaisir un cloître fort beau, et soigneusement conservé par les propriétaires actuels. — Avant 1790, Pont-l'Abbé n'était ni commune ni paroisse; l'église était celle lu monastère des carmes; tout le territoire do la commune actuelle se partageait entre les paroisses de Loctudy et de Plobannalec; il s'est même arrondi aux dépens de celle le Cambrit, en s'emparant de sa trêve Saint-Jacques. Dans cette étendue territoriale, il y avait jadis les trois chapelles de Saint-Jean, Saint-Yves et Sainte-Madelane; cette dernière est la seule qui soit restée debout, mais elle n'est plus desservie; Saint-Jacques, au contraire, a continué de l'être. — Outre le château de Pont-1'Abbé, on voyait aussi, non loin de cette ville, le château de Kernus. — En 1843 , on y a découvert des fragments de peintures à fresque, qui rappelaient probablement des faits de la Ligue. Ce manoir, dont les murs crénelés sont encore debout, paraît avoir été une place très-forte. — Il faut enfin citer comme archéologie un puits assez remarquable, et qui doit appartenir au XIVe siècle; il est situé rue Keréon. — Pont-1'Abbé a un hôpital qui peut recevoir 18 à 20 malades. — Le commerce de cabotage que fait ce port est d'une certaine importance : il s'élève en moyenne: à 1200 tonneaux d'importation, et à 4000 d'exportation ; la plupart de ces derniers consistent en grains. — Ou a établi, depuis quelques années, une féculerie qui prospère, et l'on songe à la compléter par une distillerie de pommes de terre. — Hugues de Saint-François, prieur des carmes de Pont-1'Abbé, a publié , en 1634, une histoire de Sainte-Anne d'Auray. Le fameux critique Fréron, né à Quimper, habita quelque temps Pont-1'Abbé et s'y maria; sa femme y est morte vers 1810. — Une route partant de Quimper vient aboutir à Pont-1'Abbé; la route projetée de Pont-croix à Pont-1'Abbé, et qui joindrait deux cantons très commerçants, n'a pas été exécutée, bien qu'elle soit marquée par Ogée sur sa carte.— II y a foire en cette ville les premiers jeudis des mois de janvier, mars, mai, juin, juillet, août, octobre, novembre et décembre. — Marché le jeudi. — Géologie: constitution granitique; carrières exploitées. — On parle le breton.

A ce que nous avons dit nous devons ajouter l'intéressante note ci-dessous de M, de Blois :

>>> Pont-1'Abbé tire son nom de l'abbaye de Loctudy, dont elle dépendait, et qui existait près de la côte, à environ deux lieues de cette ville. Cette abbaye fut ruinée par les Normands, vers le IXè siècle, et son territoire fut donné aux Templiers, qui le perdirent à l'extinction de leur ordre. Il est probable que ce fut des débris de ces lieux que se forma la seigneurie de Pont-1'Abbé, car on n'en connaît pas l'existence avant le XIVe siècle. — En 1789, il n'existait plus des deux baronnies dont parle Ogée que des prétentions. — Pont-1'Abbé n'appartenait aucunement au duc de Mercœur, ainsi que le dit notre auteur, mais, comme chef de la Ligue, il y avait mis une garnison , qui fut enlevée par les royalistes.

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